Les pièges du travail hybride

Bienvenue dans cette édition de la newsletter de Zevillage. Comme chaque jeudi, je partage avec vous une analyse à propos de l’évolution du travail et une sélection de notre veille pour vous donner envie et vous aider à vous engager dans la transformation du travail.

Xavier de Mazenod

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Qui parle encore de télétravail à 100% ?

Le télétravail à plein temps après la pandémie n’est envisagé par personne, sauf exceptions. Les télétravailleurs forcés du confinement qui ne supporteraient plus le télétravail seraient pourtant 70 à 80% à vouloir continuer le télétravail après la crise si on en juge par tous les sondages. Mais pas à 100%.

Qui envisage d’ailleurs de retrouver le monde d’avant, celui du métro-boulot-dodo, sauf les 20-25% des sondages ci-dessus et quelques lobbyistes du secteur immobilier peut-être ?

Nous nous dirigeons donc, très probablement, vers une organisation du travail hybride, selon plusieurs scénarios bien détaillés dans un e-book par nos amis de Neo-Nomade. Chaque entreprise adaptera évidemment ces scénarios à sa propre sauce, selon son métier et sa culture.

Mais, une fois qu’on a arrêté de se faire peur avec le télétravail à 100%, qu’on a accepté que le temps de télétravail du futur tournerait probablement autour de 2 à 3 jours par semaine, on n’a pas réglé le problème.

Dans un éditorial du Financial Times, Pilita Clark pointe la “bombe à retardement du nouveau monde du travail. Elle reconnaît elle aussi que le télétravail est parti pour durer et cite les travaux du professeur Nicholas Bloom (enquête auprès de 25 000 Américains) qui le montre clairement :

Graphique sur le nombre de jours télétravaillés
En noir, les préférences des salariés pour le nombre de jours en télétravail. En rouge, les projets des employeurs (Remarque : la taille du marqueur est proportionnelle au nombre de répondants par niveau de revenu).

Selon l’étude, les salariés pensent même que le fait de pouvoir travailler chez eux deux ou trois jours par semaine est aussi précieux qu'une augmentation de salaire d'environ 8%.

Mais, Nicholas Bloom voit deux dangers dans ce télétravail hybride, “une véritable horreur” pour lui. Le premier est la difficulté de communication entre équipes distantes, même quand la technologie fonctionne.

Le second danger est plus grave : une “crise de la discrimination” comme il l’appelle. Les télétravailleurs pourraient être pénalisés dans leur carrière, être oubliés par leurs managers. Loin des yeux, loin du coeur. Et, les plus touchées seraient les femmes avec des jeunes enfants qui opteraient plus volontiers pour le travail à domicile.

Bloom fonde en particulier son observation sur l’étude qu’il a réalisée dans une entreprise de voyage chinoise. Avec 10 ans de recul sur le télétravail, il a observé que les travailleurs à domicile accusaient un déficit de promotion de 50% par rapport à leurs collègues restés au bureau.

Ce qui, au passage, pose un problème de vision du management : pour être promu, faut-il être un bon courtisan comme à la cour du Roi-Soleil ?

Hybride ou pas hybride alors ?

Durant la présentation trimestrielle des résultats de Zillow, entreprise d’annonces immobilières, Rich Barton, son directeur, attirait l’attention lui aussi sur le risque de discrimination entre travailleurs du bureau et télétravailleurs : “Il ne peut y avoir un système à deux classes - ceux qui sont dans la pièce étant de première classe et ceux qui sont au téléphone étant de seconde classe".

Sid Sijbrandij, cofondateur et dirigeant de Gitlab va même plus loin. Pour lui, le modèle hybride offre le pire des deux mondes, présentiel et à distance. Lui a choisi son mode de fonctionnement qu’il avait exposé dans Wired :

Le succès avec une main-d'œuvre à distance, hybride ou entièrement à distance, exige une intentionnalité opérationnelle. S'en tenir sans hésitation aux systèmes et aux processus qui ont fait le succès d'un modèle fondé sur le bureau condamnera tout modèle à distance à l'échec.

En tant que cofondateur et PDG du GitLab, j'ai construit de manière proactive une entreprise entièrement à distance après avoir découvert très tôt qu'il n'est pas nécessaire que tout le monde soit dans le même bâtiment pour obtenir des résultats. Nos cadres, nos gestionnaires et nos collaborateurs individuels travaillent tous à distance. Nous n'avons même pas de siège social. Cela évite de devoir s'occuper des employés sur site et hors site. Cela favorise également un engagement commun à l'égard de notre mode de fonctionnement unique et de l'amélioration continue”.

Certes, toutes les organisations ne peuvent pas faire ce choix. Mais il serait dangereux de trop idéaliser le modèle de travail hybride sous prétexte qu’il nous fait échapper au 100% télétravail. Ou, au moins, de le mettre en oeuvre sans une réflexion de fond. Car le futur du travail ne se limite pas au télétravail.

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Nouvelles mobilités rurales ?

Voilà une innovation qui pourrait bien bouleverser le paysage de la mobilité à la campagne. Ce taxi rail autonome pourrait revitaliser des petites lignes de chemin de fer en les rendant de nouveau rentables et proposer des horaires à la carte. Et en plus, son moteur à hydrogène est propre. Tests prévus en 2024.


Vite dit

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Mélange de Sims, de jeu vidéo et de Second Life l’application Topia permet de virtualiser tout ce que l’on veut. Une manière de recréer un bureau virtuel qui ringardise complètement et renvoie à la préhistoire de la communication les Zoom ou Teams.

👉   Exode urbain : le télétravail ne suffit pas
Non le télétravail ne va pas repeupler les campagnes. Enfin, pas tout seul par magie. Les 12 millions de Franciliens ne sont pas tous éligibles au télétravail et les petites villes doivent donc faire un effort pour attirer de nouveaux habitants.

👉   Danger, personne toxique
Vous connaissez forcément ces personnes toxiques qui nous pourrissent la vie au bureau (et ailleurs aussi). Voilà une petite typologie sous forme de fil sur Twitter (en anglais) de 10 profils toxiques à éviter (via Eytan Messika).

👉   Freelances on vous aime
Linkedin pourrait créer une plateforme pour connecter les freelances et les entreprises. Un signal positif sur le rôle des freelances mais Linkedin s’y prend bien tard dans ce marché encombré.

👉   J’mexcuse de vous demander pardon
“Pardon”, “désolé”, “excuse-moi”... Des formules de politesse qui nous sont familières et que nous employons quotidiennement, que ce soit au travail ou dans nos vies privées. Et si l’on remplaçait le “désolé” par “merci”?

👉   Merci patron
Lui est ostéopathe, elle est infirmière : ce couple normand a créé trois modèles de chaises pour favoriser une assise dynamique. Le remède selon eux aux troubles musculo-squelettiques des travailleurs à domicile. Télétravailleuses, télétravailleurs vous savez quoi demander à votre patron.

👉   Créons du lien
Ces liens faibles qui nous lient, ou plutôt qui nous liaient, sont partis doucement avec la Covid sans qu’on s’en rende compte. Un autre effet secondaire de la crise sanitaire, mais pas un effet moindre.

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Avant de partir

C’est fini pour cette semaine. Avant de partir, voilà une mini-BD Instagram en 7 écrans sur les bénéfices du télétravail et la manière de bien le gérer. Sans oublier les risques psycho-sociaux à éviter.

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Un dernier truc

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Un petit moment de nostalgie avec ce musée et ce sera le dernier truc avant de se retrouver la semaine prochaine.