L'entreprise doit-elle être rentable ?

Quelle entreprise voulons-nous ?

Bienvenue dans cette édition de la newsletter de Zevillage 🙏. Comme chaque jeudi, je partage avec vous une analyse à propos de l’évolution du travail et une sélection de notre veille pour vous donner envie et vous aider à vous engager dans la transformation du travail.

Xavier de Mazenod

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Qui veut gagner des millions ?

Vous l’avez très probablement vu dans l’actualité, Emmanuel Faber, PDG de Danone a été remercié par son conseil d’administration en début de semaine. Pour la petite histoire, cela s’est passé en visio. Transformateur de l’entreprise en société à mission, la 1ère du CAC 40, il aurait été “immolé sur l’autel de la rentabilité” par des actionnaires minoritaires, deux fonds activistes qui lui reprochaient ses mauvaises performances.

Et en effet, la politique du PDG s’est traduite par une baisse de rentabilité de l’entreprises et par… 2 000 licenciements.

Un bon débat idéologique à la française s’en est suivi, à front renversé puisque il met en scène un gentil patron social victime de la financiarisation de l’entreprise. Et le très libéral Milton Friedman a même été placé au coeur du débat à cause d’une citation (tronquée) d’Emmanuel Faber.

Les raisons de l’éviction sont plus complexes, semble-t-il, et aurait à voir aussi avec une guerre de pouvoir. Mais cela n’est pas le sujet qui nous intéresse ici.

Derrière le concept de société à mission se profile une autre question : quel type d’entreprise voulons-nous ?

La société à mission part d’un bon sentiment : inscrire des valeurs sociales et environnementales dans les statuts de l’entreprise. Parfait, même si l’on sent poindre un risque de mélange des genres : l’entreprise à mission glisserait vers ce que les Américains appellent le “tiers-secteur”, le monde associatif, entre le secteur lucratif et le secteur public.

Mélange des genres car la base du secteur associatif est le bénévolat, l’engagement désintéressé, non marchand. Or, il est devenu trop souvent un cadre de business ou un faux-nez de l’administration pour contourner la lourde comptabilité publique.

Purpose washing ?

La finalité d’une entreprise c’est de faire du profit qui permettra, si c’est l’un de ses objectifs, de financer une généreuse politique sociale et des vertueux comportements environnementaux.

On est loin de la caricature du Bien contre le Mal. On ne peut pas dire, par exemple, que les 2 000 licenciements de Danone soient un succès social fascinant.

La dérive dont je parle plus haut touche à la morale ou, plus exactement, au moralisme. La posture du bien, la leçon de catéchisme, la vertu auto-proclamée qui ne sont finalement que du purpose washing.

Mais, au-delà de cette actualité de Danone, on peut se poser la question de l’entreprise que nous voulons. La Covid-19 nous a fait toucher du doigt l’émancipation des salariés, un bureau plus désirable, une flexibilité à la carte… Et pourquoi pas un travail qui remette en question une croissance indéfinie ? Vous avez déjà entendu parler de The Company of One ?

Vertus d’entreprise sans cours de morale, autonomie du freelance, flexibilité de l’espace, du temps et du lieu de travail, de belles pistes de réflexion avec vos collègues ou partenaires. Avant de mettre ce changement en oeuvre.

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Cachez ce handicapé que je ne saurai voir !

Voilà une photo d’un sous-sol du sénat qui en dit long. Sur la vision portée sur les personnes handicapées d’abord, obligées d’entrer dans la vénérable institution par une porte dérobée, après un parcours du combattant. Et sur la vision portée sur les femmes ensuite, carrément invisibles. C’est vrai que nous sommes au sénat, rempli de vieux messieurs.


Rebashing

L’Express publie cette semaine un article de l’AFP avec deux pauvres témoignages sensés illustrer “le grand désenchantement du télétravail”. Ce qu’on voit c’est surtout le grand désenchantement du virus, non ? Plus de relations, plus de cinémas, plus de bureau, plus de boulot, plus le moral et que sais-je encore.


Vite dit

👉   N’abusez pas des réunions

Cette petite application britannique vous permet de calculer le coût des réunions. Il suffit de régler le nombre de participants et leur salaire moyen. En ligne ou en présentiel, vous prenez cher si vous abusez des réunions. (via Marie Dollé).

👉   Vous aimez le télétravail, vous adorerez la semaine de 4j.

Le gouvernement espagnol lance une expérimentation de la semaine de travail de quatre jours avec 200 entreprises. Les salariés travailleront donc 32 heures réparties sur quatre jours, sans voir leur salaire baisser.

👉   Inspiration rurale

Nicolas Hazard, fondateur du groupe Inco, qui prône une économie sociale et solidaire, a sillonné la France pour voir de plus près les solutions émergeant des territoires ruraux. Il en a tiré un ouvrage, « Le bonheur est dans le village, 30 solutions qui viennent de nos campagnes ».

👉   L’égalité femmes-hommes, c’est du biscuit

La biscuiterie de l’Abbaye, dans l’Orne, compte 270 salariés. Les femmes sont majoritaires et gagnent autant que les hommes. Quand on vous dit que c’est possible ici et maintenant.

👉   Patron, je vous aime

Avec la pandémie, les Français ne font plus confiance à personne sauf à leur… patron. La 21e édition du « Trust Barometer » d’Edelman est intéressante mais inquiétante. Et nous plonge dans les effets dévastateurs d'une information mal maitrisée.

👉   Monte ton épicerie associative

De 60 à 80% des villages de moins de 3500 habitants n’ont plus un seul commerce alors qu’une solution associative d’épiceries a déjà fait ses preuves, favorisant les petits producteurs locaux, les prix au plus juste. Bouge ton coq finance le lancement de la vôtre.

👉   Mon boss devrait être une femme

En France, les dirigeantes restent très peu nombreuses, alors qu'elles sont bien plus performantes, selon une étude de Women Equity Partners. Un phénomène qui s'explique par leurs qualités de direction ainsi que par les difficultés qu'elles doivent traverser pour obtenir ces postes. On vous laisse méditer à cela.

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Avant de partir

C’est fini pour cette semaine. Avant de partir, réfléchissez avec Karim Duval (dont nous avions déjà présenté Le prof de franglais) aux joies de la politique du bonheur en entreprise introduit par un Chief Happiness Dictator. Tout est dit.


Un dernier truc

Avant de faire vos valises, si vous aimez cette newsletter pensez à nous laisser un like en cliquant sur le petit ❤️. Et cette semaine, un moment de compassion pour le dur métier d’astronaute. Ensuite vous pourrez y aller.