Black Friday et transformation du commerce

Qui tue vraiment le petit commerce ?

Bienvenue dans cette nouvelle livraison de la newsletter de Zevillage pour vous aider à repenser et à transformer le travail.

Chaque semaine, nous vous partageons une analyse à propos d’un thème d’actualité et une synthèse de notre veille sélectionnée pour vous.

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Philippe Silberzahn est l’invité cette semaine du podcasts de Zevillage. Professeur à l’EM Lyon Business School, il est spécialisé dans l’entrepreneuriat, l’innovation et la transformation des organisations. Il a été lui-même entrepreneur pendant 20 ans.

Il nous partage son opinion sur les prédictions du « monde d’après » le coronavirus, sur les prévisionnistes et nous explique pourquoi nos organisations tireraient un plus grand bénéfice à « embrasser l’incertitude» et à devoir agir plutôt que de tenter de prédire l’avenir.

Amazon, grandes surfaces et petits commerces

Cela ne vous a pas échappé, vendredi de la semaine prochaine c'est Black Friday. Une véritable provocation, un chiffon rouge pour certains, en plein confinement, alors que les petits commerces “non essentiels” sont fermés.

Prenons le cas des librairies, symboles de ces petites victimes et de la transformation cahotique du travail dans ce secteur d’activité. Les librairies et le petit commerce en général, si méprisé habituellement, n’a jamais connu autant de soutiens politiques pas très au fait de la réalité, ni du commerce, ni du numérique (merci à 15 marches pour la pépite) :

Comme beaucoup de gens, j’aime les librairies. J'y ai passé des heures pour choisir des livres, pour flâner, sentir l’ambiance, discuter et lire. J’ai un souvenir d’enfance de la librairie Corman, en Belgique, où la libraire nous laissait lire à volonté les BD, assis par terre. La plupart des libraires ne sont pas juste des vendeurs de livres, ils ont un rôle social de transmission.

Aujourd’hui, les librairies sont en danger. Mais, peu ont pu ou su réagir avant le 2e confinement pour contrer leur lent déclin. On a désigné Amazon comme la cause de tous leurs maux alors que, nous en parlions dans la précédente lettre, la grande distribution (Leclerc, Cultura et FNAC) est leader des ventes de livres, Amazon ne représentant que 10% du marché !

Je ne jette pas la pierre aux libraires, ils ont fait comme ils pouvaient dans un monde du livre très conservateur. Leur métier disparaît mais les livres continuent à se vendre autrement. Ce qui n’empêche pas les questions. Par exemple, comment vendre les livres qui ne sont pas les blockbusters ou les livres de cuisine proposés en grande surface ?

Le problème des libraires est le même pour tous les commerçants (plaignons les restaurateurs…). La Covid-19 a accéléré et amplifié les changements dans un délai très très court. Qui aurai cru cela dans un monde plein de certitudes : des commerces, des business bien installés, pouvaient être fragilisés voire disparaître ?

Une chance à saisir pour un retour au local

Il faut dire que les confinements et les réglementations bureaucratiques absurdes ont bien aidé. Nous risquerions moins une contamination au coronavirus dans un supermarché bondé que dans une petite librairie qui gère ses petits flux de clients ? Des réglementations qui ont fait des supermarchés les grands gagnants de la crise.

La réponse bureaucratique face à l’injustice et à une concurrence déloyale a été un nivellement par le bas : on a fermé les rayons livres dans les supermarchés.

En réalité, le petit commerce a été abandonné a son triste sort.

La solution magique sortie d’un vieux carton envahit les médias : marketplaces et click and collect. Plus une ville, plus un département, plus une CCI qui ne propose aux commerçants une plateforme de vente ou une solution technique pour les sauver. Comme si c’était le problème. Ironie, ce sont souvent les mêmes qui ont favorisé la création de zones commerciales périphériques avec implantation de supermarchés.

Le commerce en ligne n’a pas attendu ces initiatives comme le rappelle cet excellent article de Fred Cavazza. Et la solution n’est pas d’abord technique mais dans la relation, les conversations (et oui, texte pas démodé après 21 ans) que le commerçant développe avec ses clients. Comment faire en cas de confinement pour communiquer si on n’a même pas les coordonnées de ses clients (voir la petite enquête de 15 Marches dans l’article cité plus haut)?

Des solutions low tech fleurissent chez les retardataires : petites vidéos de produits réalisées sur smartphone, promotions et offres publiées dans Facebook ou envoyées par email. C’est la plupart du temps suffisant pour développer et entretenir une chalandise locale.

Comme toujours, ceux qui sauront s’adapter pourront probablement survivre à la crise. Mais, comme toujours aussi, ce seront les clients qui décideront : petit commerce local, supermarchés ou Amazon. La nostalgie et les leçons de morale sur Amazon n’y pourront rien.


ZeQuote

« Mais le nouveau confinement amène à une pérennisation de ce mode de travail [ le télétravail ], lequel peut engendrer une disparition physique des espaces de société. C’est d’ailleurs déjà le cas aux États-Unis où certaines entreprises n'ont pas de siège social, les collaborateurs étant tous en télétravail. Cela signifie que le lieu de travail, en l’occurrence le domicile, va devenir le lieu de vie. La partie sociabilité physique sera quant à elle vécue ailleurs afin que chacun puisse se réaliser autrement que par le travail.»
Bruno Bonnell
, entrepreneur et député


Vite dit

👉  « La crise du Covid révèle la folie bureaucratique française ». Une bonne analyse de la situation mais pas beaucoup de solutions.

👉  « Le nouveau normal : une démarche fictionnelle et prospective pour explorer demain ». Un travail de réflexion (PDF) réalisé par Noémie Aubron et le collectif Le coup d’après pour l’Acoss, l’agence centrale des organismes de la Sécu. Et oui.

👉  Chouette, le confinement force à l’isolement. Une aubaine pour l’auteure de L’éloge de la solitude.

👉  L’imagination des inventeurs d’impôts est sans limite. Deux chercheurs de la Deutsche Bank, qui planchaient sur le monde d’après, ont imaginé une taxe pour ces privilégiés de télétravailleurs qui ne consommaient plus au bureau. So monde d’avant !

👉  Comme prévu, la montagne pourrait bien accoucher d’une souris. Le Medef a renvoyé sa copie aux syndicats salariés dans le cadre de la négociation télétravail.

👉  Confiverdir : nouveau mot de notre #Dicovid, le dictionnaire participatif du confinement. Action de se mettre au vert pendant le confinement.

👉  Comment surmonter le chaos ? Une leçon des Navy seals les forces spéciales de la marine américaine. En anglais mais vous connaissez DeepL. Spoiler : on y parle de flexibilité, de résilience et de confiance. Repos, vous pouvez fumer.


Avant de partir

Et voilà, c’est fini pour cette semaine. Avant de partir, un coup d’oeil sur votre nouvelle résidence pour télétravailler et/ou confiner en mobilité avec tout le confort. Grosse tiny house de luxe où vous pourrez prendre des repas… à 12. Après le confinement, bien-sûr.

Portez-vous bien comme on dit à la fin du JT de TF1.


Un dernier truc

Promis, après cela vous êtes libre : si vous pouviez faire connaître la newsletter de Zevillage à vos nombreux amis ce serait sympa. Vous pouvez utiliser cette fonctionnalité de partage ou le faire à l’ancienne en forwardant cette lettre par exemple. Merci 🙏