Le télétravail a vidé le bureau ? (suite)

Le télétravail change plus que le travail. Mais est-il la cause de la fin du bureau ? Un livre de la Fondation Jean-Jaurès apporte sa contribution au débat.

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On pouvait penser qu’on en avait fini avec le débat “télétravail contre bureau”. Le consensus autour du travail hybride devait avoir réglé le problème et il n’y avait plus de sujet.

D’ailleurs, pour nous à Zevillage, le télétravail n'est plus un sujet en lui-même, on l'écrit depuis longtemps. C'est juste une question de temps pour que les entreprises finissent de digérer la nouvelle donne technique d’organisation. Beaucoup se sont déjà attelées à la tâche.

Mais le télétravail change plus la vie que le travail. Il reconfigure par exemple la ville et facilite l'exode urbain. Attention, incise dans l’incise, autre polémique en vue : les urbains qui quittent massivement la ville sont-ils annonciateurs d'un mouvement de masse ou un phénomène élitiste touchant quelques cadres ? On fait dire ce que l'on veut aux "signaux faibles" mais ce mouvement est d'ores et déjà une réalité. Même si cet exode porte des effets pervers : à Blois (vidéo ci-dessous) ou encore à Saint-Brieuc, ces nouveaux arrivants font monter les prix de l’immobilier.

Revenons à notre sujet, la fin du bureau. Après l’enquête sur le bureau fragmenté réalisée au printemps avec la Fondation Jean Jaurès, l’Ifop et sa société de conseil, Selkis, Sarah Proust apporte sa contribution au débat “télétravail vs bureau”. Elle vient de publier un petit livre, toujours avec la fondation, intitulé Télétravail, la fin du bureau? Une question, pas une affirmation.

En préambule, elle fait le constat de la fragmentation des lieux de travail : bureau, domicile, café, transports en commun… Un point de repère devient essentiel. “ Plus le lieu de travail se fragmente et les salariés d’une même organisation travaillent depuis des endroits différents, avec des horaires différents, plus le lieu commun doit signifier quelque chose” écrit-elle. Le bureau n’est plus le lieu unique pour travailler mais un phare, un repère.

Avec un comparatif de la situation dans plusieurs pays européens, Sarah Proust met en évidence l’importance de la culture dans le rôle du bureau. En France, sa disparition ne paraît, pour l’instant, pas envisageable sans dilution du collectif de travail. “ Au fond, la vie de bureau et le groupe produisent du contrôle social avec tous les inconvénients que l’on connaît, mais avec également cet avantage de ne pas laisser seuls un cadre et un salarié dans une relation bilatérale déséquilibrée, voire dégradée” en conclut Sarah Proust.

Que faire ?

Sarah Proust esquisse ensuite quelques pistes pour adapter le bureau à la situation post-Covid. D’abord préserver, ou lui rendre, son rôle symbolique de lien. Ensuite faire le contraire de ce que nous avons fait depuis un siècle : adapter le bureau à la stratégie de l’organisation, à ses pratiques managériales et aux métiers que l’on y exerce.

Articuler le bureau avec le télétravail oblige aussi à réfléchir à la nature du télétravail (pour qui ?), à le penser de manière collective et pas seulement individuelle, et à ne pas le réduire à une succession de réunions à distance.

Un petit ouvrage utile car il explore tous les aspects du sujet sans parti pris. Il surévalue peut-être un peu les risques que le télétravail ferait subir au collectif de travail, comme si on parlait de télétravail à 100%. Mais cela permet de se projeter dans un futur possible de dématérialisation totale du lieu de travail. Avec ses bénéfices mais aussi ses risques.

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Les robots volent nos emplois ou pallient les pénuries de main-d'œuvre ?

De la restauration rapide à l'agriculture, la Covid-19 a accéléré l'essor des robots ouvriers. Ce phénomène va à son tour mettre en péril davantage d'emplois et rend encore plus urgente la nécessité de recadrer la société. Un article de fond du Guardian [En], une nouvelle contribution au débat sur le bénéfice apporté par les robots.


Vite dit

🍿 Coworking frites sauce samouraï
Pour aider les jeunes de son quartier à monter leur boîte, Azad Bapir a lancé French Tess, un coworking au-dessus d’un kebab à Bobigny en banlieue parisienne. Le B-A-BA de la conception d’un tiers-lieu : s’installer là où sont les usagers.

🦅 Drones de livraison : pan sur le bec
Wing, le service de livraison par drone appartenant à Google est suspendu en Australie en raison d'attaques répétées des aéronefs de la part de corbeaux. Ces oiseaux, réputés intelligents, ne comprennent rien au progrès.

🛵 Plutôt livraison ou plutôt papote chez l’épicier ?
Cette semaine dans 15 Marches un point sur l’opposition entre “Ville du quart d’heure” et “Livraison en 10’”. Un débat qui se révèle assez idéologique mais qui semble en réalité complètement dépassé : pas besoin de choisir entre les deux positions. La Vérité est ailleurs.

📚 Se payer Amazon, c’est gonflé
Deux anciens d’Amazon viennent de lancer Lireka, une librairie en ligne qui propose 1 million d’ouvrage en français avec une livraison gratuite dans le monde. On ne sait pas encore si leur projet d’entreprise prévoit a conquête de l’espace.

👩‍🍳 Malaimables
On vous en parlait il y a 15 jours, un phénomène qui monte : les restaurateurs et les hôteliers américains doivent préserver leurs équipes contre les clients impatients, qui ne respectent pas les consignes sanitaires ou qui sont tout simplement grossiers. Le client n’est plus roi.

👿 Le télétravail a fait de nous des goujats
On savait que les réseaux sociaux n'étaient pas spécialement enclins à la bienveillance et qu'on y trouvait davantage de flots d'injures et de moqueries que de paroles gentilles et de discours modérés. Il semble bien que la mise à distance produise le même phénomène au travail.

🧑‍🎓 Comprendre le travail avec l’histoire
La 24e édition des Rendez-vous de l’histoire se tient du 6 au 10 octobre 2021 à Blois, sur le thème "Le Travail". Conférences et projection de films.


Repenser notre manière de travailler ?

Harcèlement managérial, burn-out, troubles musculo-squelettiques... Dans la foulée de la crise sanitaire, de nombreux travailleurs ont réévalué leurs rapports au travail. Parfois jusqu'à la démission. Aujourd'hui, une autre représentation du travail semble légitime, possible et urgente.


L’info de la semaine

A post shared by Julie MamouMani (@mamouz)

Un dernier truc

Une vidéo restaurée et colorisée sur les conditions de travail lors de la construction d’un gratte-ciel à New-York en 1927.


Bonne semaine

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